Ein Lan­darzt (film)

Et un court-métrage bizarre de plus, un. Celui-là pousse les limi­tes assez loin. Avant même de remar­quer quoi que ce soit sur le con­tenu, le titre indi­que déjà quel­que chose de rela­ti­ve­ment rare : une ins­pi­ra­tion d’un auteur euro­péen. Pas d’arna­que, il s’agit bel et bien d’une adap­ta­tion d’une nou­velle de Franz Kafka. Je n’ai pas lu cette der­nière et serais donc bien en mal de faire une vraie com­pa­rai­son, mais la dif­fé­rence avec les his­toi­res aux­quel­les on nous a habi­tué crève l‘écran. Pour résu­mer rapi­de­ment, on suit un méde­cin qui fait part au spec­ta­teur de l’absur­dité de sa vie lors d’une de ses visi­tes noc­tur­nes. La nar­ra­tion est solide, bien cons­truite et struc­tu­rée, on sent la pré­sence de l‘écri­vain que le réa­li­sa­teur arrive à retrans­crire sans pour autant le lais­ser enva­hir son œuvre.

   
   

Dif­fi­cile de s‘échap­per sans dire quel­ques mots sur la forme pour le moins uni­que. L’idée est pro­che du style volon­tai­re­ment « brouillon » qu’on peut voir dans Mind Game ou Kemo­no­zume. Mais à l’inverse des titres pré-cités qui sché­ma­ti­sent à l’extrême, Ein Lan­darzt détaille lui à l’extrême et sur­charge l’image de divers défauts, mar­ques et arte­facts pro­pres au des­sin à la main. Sans oublier d’en rajou­ter avec un jeu sur les pro­por­tions et les mou­ve­ments qui s’accorde très bien avec le ton de l’his­toire.

Lupin San­sei: Caglios­tro no Shiro (film)

Ou Édgar de la cam­briole sous nos ver­tes con­trées, y aurait-il eu des his­toi­res avec les héri­tiers de Mau­rice Leblanc, l’ins­pi­ra­tion d’Arsène Lupin étant plus qu’assu­mée ? Pour une fois qu’ils n’avaient à peu près aucune rai­son de chan­ger les noms. Ce film est une des plus vieilles réa­li­sa­tions de Hayao Miya­zaki, pré datant la for­ma­tion de Stu­dio Ghi­bli de quel­ques années. Le titre était sur ma wish­list depuis un moment et voilà donc l’occa­sion de le regar­der.

   
   

La pre­mière chose qui frappe, c’est bien sûr la patte du réa­li­sa­teur, impos­si­ble à con­fon­dre avec qui que ce soit d’autre. Le chara-design à lui-seul est suf­fi­sant pour arri­ver à une con­clu­sion, mais tout le trai­te­ment est tout aussi indi­ca­teur sur qui se cache der­rière ce film. Ce Lupin III est du Miya­zaki tout ce qu’il y a de plus typi­que et res­sem­ble beau­coup au niveau de l’ambiance à d’autres de ses réa­li­sa­tions comme Kiki. N’ayant aucune con­nais­sance du reste de la fran­chise (et pour tout dire pas fran­che­ment inté­ressé), je serais inca­pa­ble de dire s’il s’agit d’une cons­tante ou non mais cette ité­ra­tion est un vrai cas d‘école du film d’aven­ture léger, pas trop recher­ché, cher­chant juste à dis­traire pour 1h30 son spec­ta­teur. Le héros est un exem­ple du voleur au grand coeur, le rythme est très sou­tenu et enchaîne pirouet­tes et rebon­dis­se­ments à toute allure. On ne sent pas du tout le temps pas­ser, j’ai été d’ailleurs très étonné arrive à la fin de l’esca­pade de Lupin à Caglios­tro de cons­ta­ter que seu­le­ment une heure était pas­sée et qu’il me res­tait encore qua­rante minu­tes à pas­ser en com­pa­gnie de cette joyeuse bande. Pour mon plus grand plai­sir, je dois dire.

   
   

J’ai quand même été sur­pris à deux repri­ses. La pre­mière fois ne dépend sûre­ment pas de Miya­zaki, mais découle plu­tôt du con­texte de Lupin III, il s’agit de l’intri­gue inha­bi­tuel­le­ment ancrée dans le réel. On ren­con­tre en vrac Inter­pol, des pro­blè­mes de fausse mon­naie, des con­flits entre états, beau­coup d‘élé­ments bien plus terre-à-terre que ce à quoi on est habi­tué à voir sur ces pro­duc­tions. Et ne par­lons même pas de l’ambiance beau­coup plus « inter­na­tio­nale » que sur beau­coup d‘œuvres japo­nai­ses.
La deuxième sur­prise est elle venue de la forme. On assiste à deux repri­ses à des morts assez… vio­len­tes. Pas de ger­bes de sang et de gore, c’est seu­le­ment sug­géré, mais suf­fi­sam­ment bien pour me faire pen­ser un « ooooh, ça doit faire mal. » Je sais qu’il y a eu Mono­noke et bien d’autres qui n’ont pas non plus été très ten­dres, mais ce n’est juste pas le genre de cho­ses à laquelle je m’atten­dais, sur­tout après une pre­mière heure rela­ti­ve­ment inno­cente.

   
   

Un détail que tout le monde ne remar­quera peut-être pas (où allons-nous, je vous jure), mais outre les habi­tuel­les fras­ques miya­za­quies­ques, ce film con­tient de nom­breu­ses réfé­ren­ces à la Ber­gère et le Ramo­neur de Paul Grim­mault et Jac­ques Pré­vert. Le châ­teau de Caglios­tro est la plus frap­pante d’entre elles, en par­ti­cu­lier la tour de Cla­risse extrê­me­ment simi­laire aux appar­te­ments pri­vés du Roi. Les simi­li­tu­des ne s’arrê­tent pas là, on peut trou­ver bien d’autres paral­lè­les comme les nom­breux méca­nis­mes et pas­sa­ges secrets, la police secrète devenu un clan d’assas­sin, l’esca­pade de Lupin sur les toits ou le final qui n’y va pas avec le dos de la cuillère pour ren­ver­ser l’ordre éta­bli. Amu­sant de se dire que ce film est arrivé trois mois avant que Le roi et l’oiseau, la ver­sion rema­niée de son ins­pi­ra­tion, sorte en salle chez nous.

Tobira o akete (OAV, 1/1)

Cette OAV me fai­sait envie depuis un sacré bout de temps, étant réa­li­sée par Koji Mori­moto que j’avais beau­coup appré­cié sur deux de ses réa­li­sa­tions, le seg­ment Beyond d’Ani­ma­trix et Magne­tic Rose de Memo­ries. Et j’attends d’ailleurs avec impa­tience Genius Party Beyond pour voir ce qu’il va nous sor­tir sur Dimen­sion bomb.

*envoie des mes­sa­ges subli­mi­naux à ceux qui n’auraient pas encore vu Ani­ma­trix et Memo­ries*

   
   

Bref, Tobira o akete est une his­toire courte sur une gamine qui se retrouve cata­pul­tée au pays des rêves. L’ambiance est très bon enfant, mais ça n’a en fait pas vrai­ment d’impor­tance, on sent que l’idée est de s’appuyer sur la légen­daire inven­ti­vité de ces chers bam­bins pour se lâcher et expo­ser un uni­vers com­plè­te­ment sur­réa­liste. Le résul­tat est assez con­vain­cant, expose dans un style clair mêlant adroi­te­ment un peu de 3D (je rap­pelle qu’on est encore en 1995) pour met­tre en valeur le plat de cer­tains plans sans trop insis­ter des­sus. Je me suis dit sur le coup que cela aurait peut-être été ce à quoi aurait res­sem­blé Okami si le jeu n’avait pas pen­ché plus vers des con­tours plus épais et moins nets ins­pi­rés du sumi-e. À part ça la bande-son est cons­ti­tuée de clas­si­ques con­nus qui se fon­dent assez bien dans l’ambiance. Je note­rai entre autre le Mor­gens­tem­ning de Peer Gynt, deux piè­ces du Casse-noi­set­tes de Tchai­kovsky (la valse des fleurs et la danse de la fée Dra­gée) et le pre­mier mou­ve­ment de la Sym­pho­nie pas­to­rale de Bee­tho­ven.

Atama yama (film)

Ah, et voilà une belle coïn­ci­dence, une œuvre un peu plus vieille du réa­li­sa­teur de Ein Lan­darzt, Koji Yama­mura. Même style gra­phi­que très détaillé, même genre d’his­toire sur­réa­liste et pas très joyeuse. Pas aussi inté­res­sant, tou­te­fois. L’his­toire est plus courte, moins ambi­tieuse et s’oriente plus vers une sorte de fable sar­cas­ti­que. L’impres­sion est d’autant plus accen­tuée que la nar­ra­tion adopte cette fois une forme très par­ti­cu­lière, en imi­tant celle du théâ­tre de pou­pées japo­nais (Bun­raku).

   
   

Je vois d’ailleurs que ce réa­li­sa­teur a un petit paquet de court-métra­ges à son actif, affaire à sui­vre donc.

Dan Petory Kyō­shu no Yūutsu (OAV, 1/1)

Eh oui, il n’y a pas que Suzu­miya Haruhi à avoir des coups de blues. Le nom ne dit sûre­ment rien à per­sonne, alors je pré­cise qu’il s’agit du pre­mier seg­ment d’un pro­jet nommé Steam Punch de Stu­dio 4°C, qui est déci­dé­ment abonné à ce genre de pro­duc­tion. Ce regrou­pe­ment com­por­tait trois autres court-métra­ges, End of the world, Kigeki et Higan. J’avais déjà vu Kigeki il y a un moment, sa répu­ta­tion dépas­sant de loin le reste. Les deux autres seront abor­dés tout de suite après.

   
   

Mais reve­nons à nos mou­tons. Dan Petory Kyō­shu no Yūutsu est dirigé par Hide­kazu Ohara, à qui on doit… eh bien pas grand-chose d’autre, en tant que réa­li­sa­teur tout du moins, le mon­sieur étant avant tout un ani­ma­teur. Quand même quel­ques con­tri­bu­tions nota­bles sur des grands noms comme Canon Fod­der (3^e^ seg­ment de Memo­ries) et Akira, mais ne cher­chez pas trop à vous y accro­cher pour des repè­res, le début a un air de famille avec le pre­mier, mais ça ne dure pas très long­temps avant que l’OAV vire au grand n’importe quoi. On quitte en effet rapi­de­ment l’ani­ma­tion 2D pure pour déri­ver sur un curieux mélange, avec tan­tôt des pha­ses d’ani­ma­tion sur des sty­les allant du gri­bouillage au très détaillé et tan­tôt des marion­net­tes dont une qui m’a vrai­ment rap­pelé le Mup­pet Show. Cette der­nière est jus­te­ment le fameux Dan Petory du titre, qui reprend le con­cept de l‘émis­sion de vul­ga­ri­sa­tion scien­ti­fi­que pour répon­dre à une énigme qui a toute son impor­tance : pour­quoi les OVNIs volent en zig­zag.

La ques­tion parle d’elle-même, le ton n’est abso­lu­ment pas sérieux. Aussi court qu’agréa­ble.

End of the world (OAV, 1/1)

Deuxième court-métrage de la série Steam Punch. Cette fois, la réa­li­sa­tion revient à Osamu Kobaya­shi. On le con­naît sur­tout pour son fameux qua­trième épi­sode de Gur­ren Lagann, mais il a aussi dirigé des pro­jets moins polé­mi­ques comme Mahō Tsu­kai ni Tai­setsu na Koto: Natsu no Sora, Kima­gure Orange Road, Magi­cal Angel Creamy Mami ou encore Beck. Le style est plus con­sis­tent que sur l’OAV pré­cé­dente avec cette fois des lignes épais­ses et des cou­leurs vives et con­tras­tées qui m’ont fait pen­ser à ce que don­nent par­fois les livres de des­sins pour enfants.

   
   

Sur le con­tenu, ce seg­ment se veut plus sérieux que le pré­cé­dant en con­tant une his­toire douce-amer sur fond de légère cri­ti­que du monde des médias et de la cul­ture popu­laire pour jeu­nes. Évi­dem­ment, ça reste très suc­cinct avec la limite des dix minu­tes, mais quand même appré­cia­ble.

Higan (OAV, 1/1)

   
   

Qua­trième et der­nier court-métrage de la série Steam Punch (Kigeki était le troi­sième, pour ceux qui n’auraient pas suivi). On retrouve un ani­ma­teur, cette fois Yasu­shi Muraki, qui nous gra­ti­fie pour ter­mi­ner d’un ton net­te­ment plus som­bre que les réa­li­sa­tions pré­cé­den­tes, avec les rémi­nis­cen­ces d’un sol­dat sur son lit de mort. Rien de bien par­ti­cu­lier à noter sur le style, si ce n’est une pré­sen­ta­tion neu­tre et déta­chée des scè­nes de com­bat qui m’a rap­pelé celle de FLAG ou de Gasa­raki. Coïn­ci­dence ou pas, notre bon­homme a jus­te­ment tra­vaillé sur ce der­nier.